plume

Métier — 14 août 2026

La typographie française du roman : guillemets, espaces, tirets

Les règles que les correcteurs d’édition appliquent, et que les traitements de texte anglophones ignorent. De quoi rendre un manuscrit présentable avant de l’envoyer.

Un manuscrit truffé de guillemets droits et d’espaces mal placées ne sera pas refusé pour ça. Mais il signale un amateur avant même la première phrase, et un lecteur professionnel le voit en trois secondes. La bonne nouvelle : tout tient en six règles.

1. Les guillemets sont français

En français, on ouvre par « et on ferme par ». Les guillemets droits (") n’existent qu’au clavier ; les guillemets anglais (« “ ” ») servent uniquement à une citation à l’intérieur d’une citation.

Point crucial et presque toujours raté : il y a une espace fine insécable (U+202F) après le guillemet ouvrant et avant le guillemet fermant. Pas une espace ordinaire — qui laisserait le guillemet passer seul à la ligne suivante — et pas rien du tout.

2. Le dialogue français n’utilise pas de guillemets

C’est la faute la plus fréquente chez les auteurs qui ont beaucoup lu en anglais. En français, un dialogue s’ouvre par un tiret cadratin (—) et non par des guillemets :

— Tu es rentré quand ?
— Ce soir.
— Et tu comptais le dire à quelqu’un ?

Le tiret cadratin (—) n’est ni le trait d’union (-) ni le tiret demi-cadratin (–). Les trois existent, ils ont trois usages, et les confondre se voit.

3. L’apostrophe est courbe

L’ et non l'. L’apostrophe typographique (U+2019) est la seule correcte en français ; l’apostrophe droite est un caractère de machine à écrire que les claviers ont conservé par accident. La même touche, deux dessins : celui de gauche appartient au code informatique, celui de droite au texte.

4. La ponctuation double prend une espace avant

En français, : ; ! ? et les guillemets prennent une espace insécable avant. En anglais, aucune. C’est pourquoi un texte français composé dans un logiciel anglophone paraît serré : « Vraiment? » au lieu de « Vraiment ? »

L’espace doit être insécable, sinon le point d’interrogation se retrouve seul en début de ligne. Le point et la virgule, eux, ne prennent rien avant.

5. Les points de suspension sont un seul caractère

Le caractère … (U+2026) et non trois points successifs. La différence se voit à l’impression, où trois points collés s’espacent mal, et elle compte pour un typographe.

6. L’alinéa, pas la ligne vide

Dans un roman, les paragraphes s’enchaînent avec un alinéa — un retrait de première ligne — et non une ligne blanche entre eux. La ligne blanche appartient au web et au rapport d’entreprise. Convention supplémentaire : le premier paragraphe d’un chapitre, et celui qui suit une rupture, ne prennent pas d’alinéa.

Le tableau de correspondance

Caractères typographiques français et leurs équivalents fautifs
À écrire Et non Usage
« … »" … "Citation
- ou –Réplique de dialogue
'Apostrophe
...Points de suspension
espace fine insécableespace ordinaireAvant : ; ! ? et dans les guillemets
alinéaligne videSéparation de paragraphes

Faut-il faire ça à la main ?

Non, et personne ne le fait. Trois approches existent : une correction automatique configurée dans votre traitement de texte, un correcteur comme Antidote passé à la fin, ou un éditeur qui applique les règles pendant que vous tapez.

C’est la voie choisie par plume : vous tapez un guillemet droit, il devient « ou  » selon ce qui précède, avec la bonne espace ; l’apostrophe se courbe ; trois points deviennent un caractère de suspension. Vous écrivez normalement, le texte sort propre — et l’export Word ou PDF est présentable sans repasse.

Un manuscrit propre, sans y penser

plume applique la typographie française à la frappe, compte en feuillets d’édition de 250 mots, et sort un Word au format manuscrit que les maisons d’édition attendent.

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